mardi 10 juillet 2012

FEMINISM - SPIRITUALITY - TRANSFORMATION.

 
 
LA GALERIE 13 JEANNETTE MARIANI
 présente
 

22 Juin > 28 Juillet 2012.
Salle #1.
 
Nina DOTTI
P.M.S.
Princess Mother Superwoman.
Photos / Installations / Peintures / Dessins.
 
>>> Exposition du 22 Juin au 28 Juillet 2012 <<<
 
 All My Dreams Come True - 2012 - 120 x 80 cm. 1/5.
 
It Is Just A Matter Of Balance - 2012 - installation - pièce unique - mixed media.

It Is Just A Matter Of Balance - 2012 - installation - détail - pièce unique - mixed media.

It Is Just A Matter Of Balance #2 - 2012 - pièce unique - mixed media.
 
 
Nina DOTTI
Une Femme Plurielle .
Devenir une femme et s'interroger sur ce qu'est une femme
sont deux choses essentiellement différentes.
Je dirais même plus – c'est parce qu'on ne le devient pas qu'on s'interroge,
et jusqu'à un certain point, s'interroger est le contraire de le devenir.
Jacques Lacan


Si Simone de Beauvoir fut la première femme à oser poser, dans toute sa complexité, la question : qu'est-ce qu'être une femme ? et si, à cette question, elle répondit : « on ne naît pas femme, on le devient », il ne faut pourtant pas en conclure, comme semble nous le suggérer la citation de Lacan que j'ai mis en préambule de ce texte, qu'une femme ne devient véritablement elle-même qu'à partir du moment où elle s'abstient de réfléchir sur sa condition. Bien au contraire. Il me semblerait plus juste de dire, à l'instar de ce que nous suggère Nina Dotti dans ses créations, que ce n'est qu'à partir du moment où une femme est capable de se tenir dans un  rapport critique avec les clichés (les « genders», comme pourrait le dire Judith Butler) à partir desquels nos sociétés occidentales pensent « la » femme, qu'elle pourra devenir une femme véritablement libre, c'est-à-dire, une femme capable de vivre sur un mode non-conflictuel la complexité de sa condition.

C'est là, sans doute, la raison pour laquelle Nina Dotti ne s'est pas contentée de réaliser, pour cette exposition, une série de photographies nous présentant l'image d'une Barbie Humanizer affirmant avec autorité sa capacité à être toutes les femmes qu'elle est supposée être (Barbie Humanizer est, en même temps : une femme fatale, une femme au foyer et une business girl), mais qu'elle a aussi jugé utile d'ajouter à cette image de la femme une série de sculptures représentant (sous la forme de balances d'or) les multiples jeux d'équilibres inconscients sur lesquels repose une telle représentation. Car il est clair que pour qu'une femme atteigne à son plein épanouissement,  elle ne devra pas seulement prendre pour modèle de son comportement l'image d'une femme toute puissante, mais comprendre aussi que cette toute puissance n'a de sens que si elle lui permet d'harmoniser, en son for intérieur, l'ensemble des tendances qui composent son être.
 
Frédéric-Charles Baitinger
Jacques Lacan. Séminaire III, Les psychoses (Qu'est-ce qu'une femme). Paris : Edition du Seuil,  1981. (200).
Judith Butler. Gender trouble. New-York : Edition Routledge, 2008.
Balances d'or qui ne sont pas sans rappeler la célèbre « commande d'or » dont parle Platon dans son livre Les Lois (I, 644c-645a),
« commande » qui seule est capable d'apporter à celui qui sait s'en servir, le véritable équilibre intérieur.

 
 
Nina DOTTI
A Pluralized Woman .

“Becoming a woman and wondering what a woman is are two essentially different things.
I would go even further—it’s because one doesn’t become one that one wonders and,
up to a point, to wonder is the contrary of becoming one.”
 
Jacques Lacan


If Simone de Beauvoir was the first woman who dared to ask, in all its complexity, the question: What does it mean to be a woman? and if to that question, she replied, “One is not born, but rather, becomes a woman,” we must not conclude, as Lacan's above quote seems to suggest, that a woman only truly becomes a woman as soon as she fails to reflect on her condition. Very much on the contrary, it would seem more fair to say, along the lines of what Nina Dotti suggests through her creations, that it is only when a woman can maintain a critical relationship with the clichés (or the ‘genders’, as Judith Butler would say) that are imposed on “la” femme by our Western societies, that she can become a truly free woman, in other words, a woman capable of living in a non-conflictual mode with the complexity of her condition.

This is, without doubt, the reason for which Nina Dotti not only produced, for her next exhibition, a series of photographs presenting the image of a Barbie Humanizer authoritatively asserting her ability to be all the women she is supposed to be (Barbie Humanizer is simultaneously a femme fatale, a housewife, and a business woman), but she also saw fit to add to this image of the woman a series of sculptures representing (in the form of golden scales) the myriad unconscious balancing acts underlying such a representation. For it is clear that for a woman to reach her full potential, she must not only model her behavior after an all-powerful woman, but must also understand that this omnipotence can only be attained if she allows herself to harmonize, in her heart of hearts, the array of tendencies that composes her being.

Frédéric-Charles Baitinger
Translation by Cassandra Katsiaficas
 

22 Juin > 28 Juillet 2012.
Salle #2.
DANI DAN
Todo Lo Que Se Sobre Soñar Despierto.
Peintures.
 
>>> Exposition du 22 Juin au 28 Juillet 2012 <<<

Todo Lo Que Se Sobre Soñar Despierto - 2012 - acrylique sur toile - 160 x 120 cm.
 
Peintures de Dani Dan / Sculptures de Carlos Enriquez-Gonzalez.
 

Né en 1987 en Argentine, Dani Dan est un artiste émergent, qui puise son inspiration dans le graffiti, le design graphique, et le pop-art.
 
Born in 1987 in Argentina, Dani Dan is an emerging artist, who draws his inspiration from graffiti, graphic design, and pop-art.
 


22 Juin > 28 Juillet 2012.
Salle #2.
Carlos ENRIQUEZ-GONZALEZ
HieroPhany.

>>> Exposition du 22 Juin au 28 Juillet 2012 <<<

Carlos Enriquez-Gonzalez - 2011 - HieroPhany - Pièce Unique.
 

Une créature en état de perpétuel changement : tel est ce dont rêve Carlos, tel est ce qu'il piste, tel est ce qu'il cherche, tel est ce qu'il crée. Chassant, dans la jungle des souvenirs de son enfance où s'agitent des amas de monstres, des métaux précieux et des anatomies, il tisse, en une même image nouée, sentiment, identité et sens de la découverte. Créations riches en éléments et en sens masqués : tout n'est que chimères dans le creuset de cet artiste. Cherchant à en comprendre l'énigme, vous ne faites, par là, que vous approcher de ce qui, en elles, ne peut que vous dépasser. Vous vous approchez donc. Vous bougez. Et c'est ce mouvement même qui constitue la part essentielle de cet art – pour autant que cet art n'est qu'une épiphanie jouant sa chance dans la dynamique qui peut s'instaurer entre un esprit et un autre – entre une révélation et sa réalisation.

C'est pourquoi l'identité de ses oeuvres peut être comparée à celle d'un mythe – tout au moins pour ceux qui savent se montrer capables de sauter de ce qu'il savent à ce qu'ils peuvent imaginer et qui savent s'amuser avec leurs croyances. Car l'oeuvre de Carlos n'est rien d'autre que l’étreinte surprenante de la génitalité, c'est-à-dire, de ce qui est capable de se transformer. Humble réinvestiture d'une grâce génitrice dans laquelle la corruption même du génital est bienveillante, cette oeuvre est un agencement, ou plutôt, un agrégat de mondes, une poésie, dans laquelle c'est le spectateur qui a la charge de placer ses propres mesures, ses propres points de ponctuation. Etre en même temps sur la terre, en nous-même, et au dehors – étoiles brillantes, perdues dans l'espace des galaxies, au coeur de l'esprit.

Saisir l'oeuvre de Carlos Enriquez-Gonzalez implique donc d'être capable de tenir à distance le tintamarre des conversations mondaines; des choses dont nous parlons sans y penser, sur lesquelles nous pensons être tous d'accord, bref, de nous tenir au dessus du niveau de ce que nous propose la basse conscience unifiée des médias. En ce sens, on pourrait même aller jusqu'à dire que l'oeuvre de Carlos est une réponse au confinement suffocant du savoir ordinaire, une prière en faveur de l'invention, de la poésie et du déplacement de point de vue. Je ne souillerai pas mon être en restant planté à une intersection de rue, cherchant à diriger le trafique, à expliquer le langage des fleurs. Etes-vous capable de vous lever ? Etes-vous capable de voir  ? Désirez-vous faire des découvertes ? Parler avec votre propre voix ? Voici quelques-unes des questions qu'adressent les créations de Carlos à qui sait prendre le temps de les voir.
 
Steven Agin - Phillips de Pury & Company consultant
Translation by
Frédéric-Charles Baitinger
 
 
A transformative state of being is the creature that Carlos dreams, tracks, seeks out and creates. Hunting through memories of childhood jungles and tangles of monsters for precious metals and anatomy he weaves identity and sentiment with discovery into a braid of images. Attainment of rich elements and masked meanings are chimera in the artist’s crucible. You understand one part and in that, you move closer to grasping something beyond you. You move closer, you move. It is this movement that is the crucial experpence of Art. Epiphany through propulsion from one mind to another- revelation and realization.

Identity resides in Myth as well, for those who can leap from what they know, to what they can imagine, and contrive what they can believe in. In Carlos’ work is the startling embrace of genitality, which means transformtion. It is the humble reinvestiture of gental grace, wherein even the corruption of the genital is sympathetic. The work is compilations and aggregate realms, poetry in which the viewer supplies thepunctuation and the meter. At once, down to earth in ourselves and without - shining stars, in galaxies of Space and, the HeartMind.

To grasp CEG’s work is to deflect the blare of banal human gossip; things talked about, agreed upon, on the pedestrian level of the one media consciousness. Carlos’ Art is an answer to the suffocatingconfinement of general knowledge, in favor of invention, poetry, and the many-sights. I won’t sully myself standing at the street’s intersection, directing traffic, explaining the flowers. Can you stand up? Can you see? Will you discover? Will you speak in your own voice? These are the questions Carlos asks the viewer.

Steven Agin, Phillips de Pury & Company consultant
New York, USA. May 2011
 


NINA DOTTI  / DANI DAN / CARLOS ENRIQUEZ-GONZALEZ.
 
>>> Exposition du 22 Juin au 28 Juillet 2012 <<<

 
Métro Concorde, sortie Cambon. Parking : 38, rue du Mont Thabor 75001 PARIS.

vendredi 29 juin 2012

SUMMER ART FESTIVALS AND UPCOMING EXHIBITIONS.

LA GALERIE 13 JEANNETTE MARIANI
 présente

5 Juillet > 31 Juillet 2012.
Festival A-Part. Alpilles -Provence.
Anne BRUNET
Chapelle Jean de Renaud
Saint Rémy de Provence.
Résidence > Création in situ de la Vierge et l'Enfant.
>>> Résidence dans la Chapelle du 5 Juillet au 24 Juillet 2012 <<<
  >>> Finissage Mardi 24 Juillet de 17h30 à 19h30 <<<

Anne Brunet - Nossa Senhora De Graça - 2011 - Pontal de Maceio - Brésil.

Anne Brunet - Body And Soul - 2010 - HACS - Miami.
Milton BECERRA 
Domaine de Dalmeran
Saint Etienne de Grès.
NIDOS > Installation et Performance.
>>> Pic Nic Sur Réservation Vendredi 27 Juillet de 12h30 à 18h30 <<<

Milton Becerra - Nidos - Installation / Performance - 2012.

8 Juillet > 31 Août 2012.
Centre d'Art Contemporain Frank Popper.
Marcigny.

Pepe LOPEZ
Venezuela En Arts.
Exposition Collective.
 Sculptures - Installations.
>>> Exposition du 8 Juillet au 31 Août 2012 <<<
  >>> Vernissage Samedi 7 Juillet à 17h00 <<<

Pepe Lopez - Caddie #1 Paris - Série Errances Urbaines - Installation - 2007.


31 Août > 29 Septembre 2012.  
A la Galerie.

Gavin BENJAMIN
Old World Luxuries In A New Millenium.
Photographies.

>>> Exposition du 31 Août au 29 Septembre 2012 <<<
  >>> Vernissage Jeudi 30 Août de 18h00 à 21h00 <<<
Gavin Benjamin - Old World Luxuries In A New Millenium #3 - 110 cm x 280 cm - 2012. Edition 1/3.
Gavin Benjamin.
La Cène Coloniale.

« Ce n'est que pour autant que la nature morte nous montre à la fois et nous cache ce qui est en elle menace, dénouement, déroulement, décomposition, qu'elle présentifie pour nous le beau comme fonction d'un rapport temporel.»
Paul Claudel


Pour comprendre ce qui se joue d'essentiel dans la série des natures mortes de Gavin Benjamin, il faut, me semble-t-il, commencer par les rapporter à l'univers esthétique auquel elles appartiennent (c'est-à-dire, à celui de la renaissance flamande), pour tenter, ensuite, de faire ressortir en quoi elles s'en distinguent et, par-là même, en quoi elles s'adressent précisément à l'imaginaire de notre époque. Car s'il est clair que d'un point de vue strictement visuel, ces oeuvres ne sont pas sans rappeler l'univers de la peinture baroque (que ce soit par leur maîtrise du clair-obscur ou bien encore par le type d'objets qu'elles représentent), il n'en demeure pas moins que par un certain nombre de détails (de « punctum » dirait Roland Barthes), elles font basculer cette univers baroque dans un univers post-colonial.
En effet, alors que dans les natures mortes flamandes, les objets et les aliments que représentent les peintres sont généralement ceux de la dernière Cène (du pain, du vin, du poisson), dans les natures mortes que compose Gavin Benjamin, ces objets et ces aliments sont ceux que l'Europe découvrit quand elle commença ses conquêtes coloniales. C'est ainsi qu'en lieu et place des sacro-saint aliments de la Cène (dont la fonction iconographique est de rappeler à ses spectateurs leurs devoirs spirituels), on peut voir, dans les oeuvres de Gavin, des ananas, des mangues, des cannes à sucre, des papayes. Autrement dit, alors que les natures mortes flamandes avaient pour ambition de rappeler à leurs spectateurs qu'envers et contre le passage du temps et la dégradation des corps, les préceptes de la vie morale chrétienne restaient les mêmes, les natures mortes, telles que les réinvente Gavin Benjamin, n'ont d'autre ambition que de nous montrer que ce n'est que pour autant que nous saurons nous souvenir des crimes que l'Europe a commis au nom de la chrétienté, que nous pourrons nous réjouir, sans rougir, d'avoir chaque jour, sur nos tables, les fruits délicieux de nos exactions passées.
Frédéric-Charles Baitinger 
Paul, Claudel. Introduction à la peinture Hollandaise. Paris : Edition Gallimard, 1936.
 
Gavin Benjamin - Old World Luxuries In A New Millenium #1 - 107 cm x 132 cm - 2012. Edition 1/3.
Gavin Benjamin.
The Colonial Last Supper.
“It is to the extent that the still life both reveals and hides that within it which constitutes a threat, denouement, unfolding, or decomposition, that it manifests the beautiful for us as a function of a temporal relation.”
Paul Claudel
To understand what is at stake in this series of still lifes by Gavin Benjamin, it is necessary to begin by relating these pieces to the aesthetic universe to which they belong (that is to say, that of the Flemish Renaissance), and to then attempt to highlight how they differ and, even further, what exactly they are addressing within the imagination of our time. For, from a strictly visual standpoint, these works are clearly reminiscent of the world of baroque painting (either through their mastery of chiaroscuro or even by the type of objects they represent), yet the fact remains that a certain number of details (or “punctum” as Roland Barthes would say), spin this baroque world into a post-colonial universe.
In fact, while the objects and foods that the Flemish still lifes represent are usually those of the Last Supper (bread, wine, fish), in the still lifes composed by Gavin Benjamin, these objects and foods are those that Europe discovered when she began her colonial conquests. It is thus in place of the sacred food of the Last Supper (whose iconographic function is to remind the audience of their spiritual duties) that we see pineapples, mangoes, sugar cane, and papaya in the works of Gavin Benjamin. In other words, while the ambition of the Flemish still lifes was to remind their viewers that despite the passage of time and degradation of the body, the precepts for a moral Christian life remain unchanged, the still lifes as Benjamin Gavin reinvents them, have no other ambition than to show us that it is only insofar as we can remember the crimes that Europe has committed in the name of Christianity, that we can rejoice, without blushing, for having each day, on our tables, the delicious fruits of our past abuses.
Frédéric-Charles Baitinger
Translation by Cassandra Katsiaficas


ACTUELLEMENT A LA GALERIE :
NINA DOTTI  - DANI DAN
>>> Expositions du 22 Juin au 28 Juillet 2012 <<<
 

Métro Concorde, sortie Cambon. Parking : 38, rue du Mont Thabor 75001 PARIS.

jeudi 3 mai 2012

 
LA GALERIE 13 JEANNETTE MARIANI
 présente

Todd NARBEY
Half Past No Return.
 
>>> Exposition du 11 Mai au 9 Juin 2012 <<<
  >>> Vernissage Jeudi 10 Mai de 18h00 à 21h00 <<<

 
Deepwater Horizon, 2011, 183 x 152 cm, huile sur toile. Photo : Nathalie Jouan.

 

Todd Narbey
La Revanche de Jonas.
 
« L'Eternel fit venir un grand poisson pour engloutir Jonas,
et Jonas fut dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits. »
Jonas 2-4


Si, il y a maintenant un peu plus d'un siècle, les baleines passaient encore pour le plus terrible des monstres marins - elles étaient tantôt ce grand poisson venant manger Jonas, ou bien cette terrible Moby Dick poursuivant de sa haine le Capitaine Achab – elles ne sont plus, aujourd'hui, que l'ombre des monstres qu'elles furent. Trophée vivant de la toute puissance de l'économie, plus-value sanguinaire de la voracité des hommes : les baleines ne doivent plus leur survie temporaire qu'au bon vouloir de quelques scientifiques qui, pour les sauver (au nom même de la logique qui permit leur extermination massive), ne savent faire autrement que de se poser cette question : combien vaut la survie de ces mammifères ? Quelle somme d'efforts sommes-nous prêts à faire, nous – citoyens/consommateurs –  pour leur sauver la vie ?

 
Half Past No Return, 2010, 180 x 230 cm, huile sur toile. Photo : Daniel Pype.
 
 
Or, en face d'une telle question – dont le cynisme n'a d'égal que la cruauté – voici ce que les œuvres de Todd Narbey nous répondent : plutôt que d'essayer de mesurer la valeur de l'espèce baleine, de lui attribuer, sur le grand échiquier de la diversité, une cotation, l’imminence de leur extinction ne devrait-elle pas plutôt nous apprendre que c'est notre système même de valeur qui est en faute, que c'est à lui que nous devons nous attaquer ? Car si, comme nous le suggère une toile comme And then there will be none (et comme nous le prouve tous les jours le Japon) il ne sert à rien d'étudier scientifiquement les baleines – en apprenant à gérer le cycle de leur vie biologique comme un stock à manager – pour les sauver, que nous reste-t-il d'autre à faire que de nous ranger du côté de la spiritualité bouddhiste qui, dès le VIème siècle de notre ère, en Corée, parvînt à stopper définitivement – au nom d'une certaine vision de l'homme et de la création – la pèche de ces mammifères ?
 
Car il est clair qu'en faisant du monstre qui mangea Jonas une créature à consommer/protéger, notre civilisation ne nous a pas seulement privée de la possibilité (mythique) de pouvoir séjourner à l'ombre de ce monstre, mais elle nous a aussi ôté la possibilité de comprendre que Jonas, en défiant les commandements de Dieu (en essayant de fuir son jugement) ne faisait que se fuir lui-même et tenter, par-là, d'échapper à sa voix intérieure qui ne cessait de lui répéter : ne tue pas celui qui te ressemble, mais accepte la possibilité que ce soit toi qui puisse avoir tort.
Frédéric-Charles Baitinger

  
 And Then There Will Be None, 2011, 53 x 46 cm, Gravure 1/16. Photo : Nathalie Jouan.


 
 
Todd Narbey
The Revenge of Jonah
 
" And the Lord appointed a great fish to swallow Jonah,
and Jonah was in the stomach of the fish three days and three nights."
Jonah 1:17
 
If, only a little over a century ago, whales were still considered the most terrifying of all sea monsters - portrayed as the great fish that swallowed Jonah, or as the terrible Moby Dick pursuing, in hatred, Captain Ahab - today they are nothing but the shadows of the monsters they once were. Living trophies of the omnipotence of economy, worth only as much as the bloodthirsty greed of man - the survival of the whales balances on the whim of a handful of scientists who, to save them (in the name of the same logic that permits their massive extermination), can only ask this question: What is the survival of these mammals worth? How much effort are we ready to expend (we, the citizen-consumers) to save the whales?
 
Here, faced with such a question - whose cynicism is matched by its cruelty - is where the work of Todd Narbey responds: rather than trying to measure the value of the whale species, to attribute to it, in the great chessboard of diversity, an appraisal, shouldn't the imminence of their extinction teach us that it is our very own value system that is at fault, that it is this convention we must attack? For if, as is suggested by a painting such as "And then there will be none" (and as Japan proves everyday), the scientific study of whales - learning to manage their biological life-cycle as if managing stocks - is worthless to their survival, what is left for us to do but side with Buddhist spirituality that, since the sixth century A.D. in Korea, succeeded in stopping completely - in the name of a certain vision of man and création - the hunting of these mammals?
 
For it is clear that if we turn the monster that ate Jonah into a creature that must be consumed/protected, we not only deprive our civilization of the (mythical) possibility to voyage into the shadow of this monster, we also eliminate the opportunity to understand that Jonah, defying the commandments of God (while trying to escape his judgement), did nothing but escape himself, in an attempt to evade his inner voice that echoed in his soul: do not kill the one who resembles you, but accept the possibility that it may be you who is wrong.
  
Frédéric-Charles Baitinger
 

Todd Narbey
Half Past No Return.
   
>>> Exposition du 11 Mai au 9 Juin 2012 <<<
  >>> Vernissage Jeudi 10 Mai de 18h00 à 21h00 <<<

 
Métro Concorde, sortie Cambon. Parking : 38, rue du Mont Thabor 75001 PARIS.

TODD NARBEY > HALF PAST NO RETURN > Exposition du 11 Mai au 9 Juin 2012.

TODD NARBEY > HALF PAST NO RETURN > Exposition du 11 Mai au 9 Juin 2012.

jeudi 6 octobre 2011

SLICK ART FAIR AND SHOW AT THE GALLERY

LA GALERIE 13 JEANNETTE MARIANI
a le plaisir de vous inviter à

SLICK ART FAIR >


ARTISTS > Gillles Cenazandotti - Gavin Benjamin - Pepe Lopez - Sabrina Montiel Soto -
- Anne Brunet - ESPIRA - U235 - Koharutie -
STAND / BOOTH H3

TONIGHT AT THE GALLERY >

Anne Brunet & Guillaume Josué
Tout Doit Disparaître.
>>> Exposition du 7 Octobre au 5 Novembre 2011 <<<
>>> Vernissage Jeudi 6 Octobre de 18h00 à 21h00 <<<
Tout Doit Disparaître, 2011, triptyque 200 x ( 3 x 100 ) cm, acrylique, gouache, huile et feuilles d'or sur toile.

Anne Brunet & Guillaume Josué
La conso(u)mmation des signes.

« La révolution est partout où s'instaure un échange qui brise la finalité des modèles, la médiation du code et le cycle consécutif de la valeur. Car le secret d'une parole sociale, d'une révolution, c'est cette volatilisation rigoureuse de toute instance sociale transcendante. (…) La révolution est symbolique ou elle n'est pas. »
Jean Baudrillard


A l'heure où sonne le glas de nos sociétés vouées à la production et à la consommation de masse (où les menaces écologiques nous forcent à revoir à la baisse nos rêves d'abondances), il n'est plus seulement nécessaire de changer nos habitudes de consommation, mais il est aussi devenu vital de renverser le système de si
gnes qui sert, à cette économie, de support. Car s'il est facile de voir que les déchets matériels s'accumulent de manière exponentielle sur toute la surface de la planète, il est tout aussi important de comprendre que l'univers des signes publicitaires qui nous entourent, et qui chaque jour nous abreuvent de leurs slogans, ne cesse pas, lui-aussi, de produire des quantités toujours plus grande de déchets symboliques. La publicité, c'est la décharge des signes, la sédimentation progressive de leur sens : la mise sous tutelle de leur valeur.

Or, face une telle montée des eaux de la propagande (face à une telle paralysie des signifiants flottants), Anne Brunet & Guillaume Josué font figure de guérilléros. Déconstruisant avec un humour non dénué de poésie les mécanismes sur lesquels reposent d'ordinaire le marketing publicitaire (surcodant une image par un slogan, un symbole par une finalité commerciale), ils redonnent à leur spectateur la possibilité d'associer librement une image à un texte, un symbole à son sens et, plus profondément peut-être, un signifié (un concept) à un signifiant (une forme). Mais plutôt que de nous contenter de décrire abstraitement la mécanique sur laquelle repose leurs oeuvres, tentons d'en prendre une au hasard, et d'en comprendre le fonctionnement.

Dans une oeuvre comme « Faire du ciel le plus bel endroit de la terre », que se passe-t-il exactement ? Pour le savoir, il nous faut d'abord remarquer que ce titre n'est autre que le slogan d'une publicité d'Air France. Autrement dit, avant d'être une phrase quelque peu poétique (et qui n'est pas sans rappeler la description du paradis pour les chrétiens), le spectateur moyen ne pourra s'empêcher d'avoir en tête qu'on cherche à lui vendre quelque chose. Puis, levant les yeux sur l'image elle-même, il esquissera peut-être, alors, un sourire en voyant à la place de l'avion luxueux qu'il s'attendait à voir, l'image d'Astro (le petit robot), portant sur ses épaules Kiki (l'ami des tout petits) et Patrick (la gentille étoile de mer, amie de Bob l'éponge) volant en compagnie d'un dragon ailée (symbole de l'Asie – patrie d'Astro).

Autrement dit, Anne Brunet et Guillaume Josué ne se sont pas seulem
ent amusés à reprendre un slogan pour lui donner une illustration « décalée » mais -- réunissant plusieurs codes sémiotiques en un seul espace imaginaire, ils ont su faire des super-héros de leur enfance les figures d'une nouvelle mythologie dont l'ambition (et la portée critique) n'est autre que de pouvoir donner un sens nouveau à ce qui, jusqu'à eux, n'était que la propriété d'une compagnie aérienne ou d'une société de production de manga.


1 Jean Baudrillard, L'anagramme, in L'échange symbolique et la mort, p. 294, Ed. Gallimard, 1976
Texte de Frédéric-Charles Baitinger.

Faire Du Ciel Le Plus Bel Endroit De La Terre, 2011, 160 x 100 cm, acrylique, gouache, huile sur toile.
The Consum(ma)/(p)tion of signs.


“The revolution is everywhere an exchange crops up that shatters the finality of the models, the mediation of the code and the consecutive cycle of value. For the secret of a social parole, of a revolution, is also the anagrammatic dispersal of the instance of power, the rigorous volatilization of every transcendent social instance. (...) The revolution is symbolic or it is not a revolution at all.”
Jean Baudrillard


Now that the death knell has sounded for our societies that are dedicated to production and mass consumption (where ecological threats force us to rethink the basis of our dreams of abundance), it is no longer only necessary to change our consumption habits, but it has also become vital to overthrow the system of signs that supports this economy. For, if it is so easy to see that waste material accumulates so rampantly over the entire surface of our planet, it is also important to understand that the world of advertising signs that surrounds us, each day feeding us their slogans, without end, produces ever-growing quantities of symbolic waste. Advertising is the discharge of signs, the progressive sedimentation of their meaning: the guardian of their value.

However, facing the rising waters of propaganda (full of paralyzed floating signifiers), Anne Brunet and Guillaume Josué are true guerrillas. Deconstructing, with humor not devoid of poetry, the mechanisms underlying the usual market advertising (overcoding an image with a slogan, a symbol brought to its commercialized demise), these artists give back to their viewer the possibility to freely associate an image with a text, a symbol to its meaning, and, perhaps most profoundly, a signified (a concept) to a signifier (a form). Though, rather than simply contenting ourselves through abstractly describing the mechanism underlying their work, let’s try to look at one piece at random, and understand how it functions.

In a work such as “Faire du ciel le plus bel endroit de la terre” (“Making the sky the best place on earth”), what is happening exactly? To find out, we must first remark that the title is none other than an advertising slogan for Air France. In other words, before being read as a somewhat poetic phrase (which is not unlike the description of the Christian “paradise”), the average viewer cannot help but have in mind that we are trying to sell her something. Then, raising her eyes to the image itself, the viewer would perhaps begin to smile in seeing that instead of the luxurious airplane she expects to see, is the image of Astro Boy (the little robot), carrying on his shoulders Kiki the Monkey, and Patrick (the gentle starfish, and best friend of SpongeBob SquarePants) flying in the company of a winged dragon (a symbol of Asia, home to Astro Boy).

In other words, Anne Brunet and Guillaume Josué are not only having fun by appropriating a slogan and giving it an “offset” illustration, but—uniting several semiotic codes in a single imaginary space—they are able to make the superheroes of their childhoods the figures of a new mythology whose ambition (and critical range) is precisely for giving a new meaning to that which, to them, was solely the property of an airline or a Manga production company.


Frédéric-Charles Baitinger / Translation Cassandra Katsiaficas

Anne Brunet & Guillaume Josué
Tout Doit Disparaître.

>>> Exposition du 7 Octobre au 5 Novembre 2011 <<<
>>> Vernissage Jeudi 6 Octobre de 18h00 à 21h00 <<<


Métro Concorde, sortie Cambon. Parking : 38, rue du Mont Thabor 75001 PARIS.

mardi 12 juillet 2011

CARMEN RAMIREZ - Corps Dédoublés -

LA GALERIE 13 JEANNETTE MARIANI

présente


PASSAGE DE RETZ >>
NOT FOR SALE

Jacqueline Frydman, directrice du Passage de Retz,
invite les galeries parisiennes à lui prêter l'oeuvre
dont elles ne voudraient jamais se séparer.

Venez découvrir l'oeuvre que chaque galeriste a choisi... de ne pas vendre...

Exposition du 13 Juillet au 18 Septembre 2011.
PASSAGE DE RETZ
9 Rue Charlot
75003 Paris


A LA GALERIE >>
>> Exposition jusqu'au 17 Septembre 2011 <<

CARMEN RAMIREZ
Corps Dédoublés.

Une proposition de Patricia Avena Navarro.


Vues de l'exposition.



EDITIONS : e-boutik >


La Galerie sera fermée du Samedi 23 Juillet au Mardi 23 Août 2011.


Métro Concorde, sortie Cambon. Parking : 38, rue du Mont Thabor 75001 PARIS.

mercredi 4 mai 2011


LA GALERIE 13 JEANNETTE MARIANI
présente

KOHARUTIE
L'ENFANT DU PRINTEMPS.

Exposition du 27 Mai au 2 Juillet 2011
Vernissage Jeudi 26 Mai de 18h00 à 21h00


LOLYTULIP
- Aquarelle sur papier
, 21 x 30 cm, 2004.


KOHARUTIE

né en 1977
vit et travaille à Hiroshima.

Explorant l’envers émotionnel des illustrations pour enfant, Koharutie transgresse les codes d’un genre pour en inventer un nouveau : l’Émo-Pop Art, ou l’art de donner forme à ses angoisses à partir d’images faites pour exprimer de tout autres sentiments. Mêlant la naïveté la plus féconde à l’introspection la plus sévère, les oeuvres ainsi créées reflètent les paradoxes de notre époque.

Koharutie (en français, « l’enfant du printemps ») cherche à faire de ses blessures d’enfant, le point de départ de sa renaissance.



NOTHING - Aquarelle sur papier, 61 x 46 cm, 2011.


FLORAL EXPECTING - Aquarelle sur papier, 61 x 46 cm, 2011.





KOHARUTIE

L'innocence meurtrie.


« O chers enfants des hommes,
dans quelque île, dans quelque lieu que vous habitiez,
et quelque nom que vous portiez, remarquez ceci.
Le Dieu du ciel et de la terre qui soutient notre corps et notre âme
nous appelle tous dans un seul amour. »

Jacob Boehme


Le propre de l’enfance est d’être à l’image de la passion. Autrement dit, de vivre chaque instant de l’existence comme s’il pouvait être le dernier. C’est pourquoi, les enfants ne vivent pas exactement dans le même monde que celui des adultes, mais dans un espace érotique où le rêve se mêle à la réalité sans pour autant que ces deux termes soient clairement dissociés. Voilà, sans doute, la raison pour laquelle les dessins de Koharutie ne nous présentent pas seulement l’image d’une petite fille au coeur meurtri, mais bien aussi, le combat de l’innocence luttant contre les cauchemars dans lesquels s’enfonce – chaque jour un peu plus - la vie des adultes.

«Si j’utilise mes émotions et la force de la vie comme de la terre et des graines que j’arrose, alors, sur le papier, fleurira naturellement ce qui doit fleurir. Naîtra ce qui voudra naître. »

Plongeant son pinceau dans les mille et une couleur de son émotivité, chaque oeuvre de Koharutie est d’abord et avant tout le fruit d’une âme ayant choisi de ne pas renoncer à sa vérité intérieure. Se servant du dessin comme d’un instrument lui permettant de se connaître lui-même, les métamorphoses des figures enfantines qui hantent son univers sont comme autant d’images nous révélant les multiples drames que traverse le coeur de cet artiste poète.

« Pour moi qui regarde, si les enfants sont tristes, moi aussi, je suis triste, si les enfants souffrent, moi aussi, je souffre. Les enfants se projettent en moi et me voilà redevenu comme un enfant.»

Le visage tantôt couronné d’un poisson chat, tantôt transpercé par une tête de mort, quels que soient les évènements qui affectent ces figures de l’âge tendre, une chose demeure à peu près constante : quel que soit le degré de souffrance qui les oppresse, quelle que soit la violence des visions qui les emprisonnent, c‘est toujours à notre part d’humanité la plus essentielle que ces enfants s’adressent, et que leur innocence tente de maintenir en éveil. Car, comme le dit si bien Jacob Boehme : « Les enfants sont nos maîtres d’école; avec notre sagacité, nous sommes des fous auprès d’eux.»

Frédéric-Charles Baitinger


KOHARUTIE
L'ENFANT DU PRINTEMPS.

Exposition du 27 Mai au 2 Juillet 2011
Vernissage Jeudi 26 Mai de 18h00 à 21h00

Métro Concorde, sortie Cambon. Parking : 38, rue du Mont Thabor 75001 PARIS.