lundi 28 mars 2011

MILTON BECERRA > DRAWING NOW ART FAIR MARCH 2011






PHOTOS : HAMILTON BECERRA

mardi 22 mars 2011

MILTON BECERRA > DRAWING NOW + GALLERY SOLO SHOW.

LA GALERIE 13 JEANNETTE MARIANI

présente 2 évènements autour de l'artiste

MILTON BECERRA

AU CARROUSEL DU LOUVRE

DRAWING NOW PARIS l LE SALON DU DESSIN CONTEMPORAIN
STAND A5
>>> Du 25 au 28 Mars 2011 <<<
Carrousel du Louvre, Paris

>>> Vernissage presse le Jeudi 24 Mars à partir de 14h <<<
>>> Vernissage public le Jeudi 24 Mars de 18h30 à 22h <<<

MASQUE - Série : Copiar Cortar. Graphite sur papier Canson , pièce unique,80 x 80 cm. 2004
© Milton Becerra -Galerie 13 Jeannette Mariani. Photo : Eva E. Davier

MASQUE - Détail - Série : Copiar Cortar. Graphite sur papier Canson , pièce unique,80 x 80 cm. 2004
© Milton Becerra -Galerie 13 Jeannette Mariani. Photo : Eva E. Davier


MILTON BECERRA

Per monstra ad astra 1

« LE MASQUE EST LE CHAOS DEVENU CHAIR.
Il est présent devant moi comme un semblable et ce semblable,
qui me dévisage, a pris en lui la figure de ma propre mort :
par cette présence le chaos n'est plus la nature étrangère à l'homme,
mais l'homme lui-même animant de sa douleur et de sa joie ce qui détruit l'homme (…).»
Georges Bataille

Ressuscitant avec force les anciennes figures des dieux indiens peuplant les rives de l'Orénoque, au Vénézuela, les dessins de Milton Becerra ne sont pas, à proprement parler, de simples oeuvres d'art. Ou alors, il faudrait dire qu'elles ne le sont qu'à la condition d'être aussi des objets chargés d'une certaine force spirituelle – d'un certain mana. Car, à l'évidence, ce qui intéresse Becerra dans ces représentations de masques, ce n'est pas seulement de mettre en avant leurs qualités plastiques, mais de nous permettre, aussi, de reprendre contact avec cette « pensée sauvage » qui fascina tant Levi-Strauss, et qui, de nos jours encore, semble être en possession d'un secret que nos sociétés occidentales – au bord de la faillite écologique - auraient bien besoin de retrouver.

Soucieux de préserver l'intégrité de leur habitat et de vivre en conformité avec les esprits de la forêt – les shapiris - les peuples de la forêt Amazonienne célèbrent aujourd'hui encore, sous l'égide des chamanes, des rites en l'honneur des dieux-esprits. Or, qu'est-ce qu'un Dieu-esprit sinon cet étrange état dans lequel un homme – un initié – se couvrant le visage d'un masque, perd peu à peu son identité pour gagner celle de l'animal auquel il rend hommage. Dans un mouvement de dépossession allant de l'homme à l'animal, puis de l'animal à l'esprit qui est en lui, l'initié sort de sa condition pour reprendre contact avec des forces qui le dépassent et auxquelles il se soumet avec humilité.

Le masque n'est donc pas seulement un objet de culte pour celui qui le regarde – ou qui le porte – mais d'abord et avant tout un opérateur de transe : un tremplin capable de propulser l'esprit hors de ses limites tout en le rendant à même d'expérimenter, le temps d'un rituel au moins, son union avec le reste du cosmos. Voilà sans doute la raison pour laquelle les dessins Milton Becerra ne se laissent pas regarder sans susciter, dans l'esprit de celui qui les contemple, un certain effroi. Car du plus profond de leur silence, ils semblent nous inviter à couvrir notre visage de leur formes pour que nous puissions, à notre tour, expérimenter leur mana.
Frédéric-Charles Baitinger

(1) Par les monstres, jusqu'au étoiles...


A LA GALERIE

MILTON BECERRA
ALE'YA

Design Géométrique sur Peaux.
>>> Exposition du 26 Mars au 23 Avril 2011 <<<
>>> Vernissage le Samedi 26 Mars à partir de 14h <<<



ALE'YA, sculptures en peau. Photo : Hamilton Becerra.

BIO

Milton Becerra est né en 1951 au Vénézuela. Il vit et travaille à Paris.

La proposition conceptuelle de Milton Becerra évolue vers l’expérimentation de nouveaux langages et a été saluée entre autres lors de sa participation à la XIe Biennale internationale des jeunes artistes au Musée d’Art Moderne à Paris en 1980, La 41ème Biennale de Venise, et à Documenta 8 de Kassel.

En 2008, Milton Becerra a reçu le prix AICA (Association Internationale des Critiques d’Art).

Cet ancien élève de Rafael Soto et de Cruz Diez, avec lesquels il travailla entre 1974 et 1980, est probablement l'un des artistes plasticiens vénézuéliens majeurs de la scène artistique contemporaine, mais aussi l'un des plus prolifiques de sa génération.

Dans le langage très particulier de sa création, à forte résonance écologique et cosmogonique, l’œuvre de Becerra donne à la nature matière à s’exprimer. Il est connu pour ses installations aériennes où cordages et pierres s’entremêlent pour constituer de larges structures qui, jouant de la pesanteur, mettent en tension la complexité du tressage et l’essence brute des matériaux utilisés.

Milton Becerra propose dans ses œuvres un équilibre entre la civilisation contemporaine et les éléments les plus primitifs et ancestraux dans la culture humaine et l’histoire naturelle.

Les oeuvres de Milton Becerra sont présentes dans de nombreuses collections publiques et privées en France comme à l'étranger.


Milton Becerra vit à l’âge de pierre.
- Texte de Pierre Restany -

Milton BECERRA vit à l’âge de pierre, mais de la pierre cirée plus encore que polie. De la pierre en suspension, prise dans un réseau de fils de chanvre et de cordages tressé qui créent d’étranges chapelets aériens baroques et barbares. L’artiste vit au milieu d’une toile d’araignée dont les sécrétions pétrifiées constituent autant d’astéroïdes-fétiches. Son univers est celui d’un antre clos, une caverne dont la lucarne déboucherait sur une forêt vierge de l’Orénoque.

Le Venezuela a amplement projeté à l’extérieur l’image d’un art géométrique-cinétique qui s’accorderait bien avec le brutalisme de sa nouvelle architecture. Le jeu optique des couleurs sur le ciment, telle était l’image de la modernité du pays à l’apogée de l’ère du pétrole, la traduction de sa richesse industrielle sur le plan des arts plastiques. Milton Becerra appartient à une autre génération vénézuélienne, la nouvelle, celle qui a été beaucoup plus sensible aux contradictions qu’à la logique du système socio-culturel et qui doit affronter aujourd’hui le contexte d’une économie en crise.

Il représente aussi l’autre face de son pays, muette, cachée, immémoriale, celle qui se détourne des gratte-ciels de Caracas et des derricks de Maracaibo, celle qui exprime la réalité du grand fleuve et de la grande forêt, le prolongement de l’Amazonie. Une présence immense et sourde, oblitérée par la façade moderniste et trépidante de la côte atlantique : l’indien de l’Orénoque a appris à tourner le dos à la mer. C’est dans la clandestinité du silence qu’il perpétue sa légende, soeur de la légende amazonienne. Et c’est dans cet esprit du silence que s’élabore, jour après jour l’oeuvre de Milton Becerra. Une oeuvre mystérieuse et rituelle qui est le reflet d’une immense mémoire en voie de disparition et qui ne veut pas mourir. Une oeuvre hors du temps : l’artiste passe des heures et des heures à frotter ses pierres en les imprégnant de cire fondue, de façon à leur communiquer l’infinie douceur de la patine des anciens âges.

L’homme est fort, trapu, maître de soi. Tout est dans le regard profond, vif, d’une extrême acuité: quand il vous fixe, vous ressentez le sang froid de l’immensité verte qui coule dans les veines de Milton Becerra. C’est le sang originel et authentique de sa terre, celui qui continuera à couler au Venezuela une fois tari le brûlant filon d’or noir.

Face à la société de consommation et à son ciment armé Milton Becerra défend et illustre la continuité de l’âge de pierre, il y a là de la magie et de l’exorcisme certes, mais surtout de l’amour et de l’espoir. De l’espoir dans l’Homme.



mercredi 24 novembre 2010

YAHEL CHIRINIAN > Sâdhu Pop / Vanitas Vanitatum.

YAHEL CHIRINIAN > Sâdhu Pop / Vanitas Vanitatum.
Exposition du 19 Novembre au 31 Décembre 2010.

« Vanité des vanités, tout est vanité »
L’ecclésiaste
Tel l’oiseau dans le ciel ou le lys dans la vallée, la figure des Sâdhus, en Inde, se confond avec celle des saints et des apôtres en occident. Rebus de la terre et balayures du monde, les Sâdhus ne vivent que pour s’émanciper de l’enveloppe terrestre qui les enchaîne au cycle de leurs réincarnations. Mais cette vie, en marge des hommes et de leur société n’est-elle pas, elle aussi, une forme de vanité ? C’est là, peut-être, la question de fond que cherche à poser Yahel Chirinian dans sa série de crânes aux miroirs brisés.


Reprenant à son compte les images de la renaissance stigmatisant les plaisirs de la chair et la précarité des biens de ce monde, Yahel Chirinian réinvestit cet ancien « topos » iconographique tout en parvenant à en subvertir le sens. Confrontant l’image réelle des Sâdhus à l’image symbolique de la mort – un crâne – ses œuvres tissent un lien étrange entre la philosophie de ces anachorètes des limbes et l’idée que nous autres, occidentaux, nous nous faisons de la vie terrestre et des buts que nous donnons à l’existence.


A mi chemin entre un objet de culte (un ex-voto) et un objet décoratif (uns sculpture), ces œuvres portent en elles les stigmates de leur époque : Serait-ce les reflets de nos illusions qui sur ces crânes dansent, ou bien la cohérence et la force de nos croyances qui tout à coup se craquèle en une myriade de miroirs ? Sans pour autant apporter une réponse catégorique à ces questions, il semblerait que Yahel Chirinian ait voulu nous suggérer que la vanité n’est ni dans le monde, ni hors du monde, mais dans la qualité de l’esprit de celui qui le contemple. Vanité des vanités ! Tout est vanité ! – hormis, peut-être, pour celui qui sait redonner au monde ce qu’il a su en recevoir.
Frédéric-Charles Baitinger

YAHEL CHIRINIAN > Sâdhu Pop / Vanitas Vanitatum.
Exposition du 19 Novembre au 31 Décembre 2010.



YAHEL CHIRINIAN > Sâdhu Pop / Vanitas Vanitatum.
Exposition du 19 Novembre au 31 Décembre 2010.

samedi 6 novembre 2010

ANNE BRUNET AU PRINTEMPS HAUSSMANN


ANNE BRUNET

AU PRINTEMPS HAUSSMANN
Noël 2010.

EXPOSITION
>>> Du 8 Novembre au 31 Décembre 2010 <<<
>>> Ouverture des vitrines Boulevard Haussmann le 10 Novembre <<<











LA BOUTIQUE NOIRE
AU PRINTEMPS DE LA MAISON.

Pour fêter cet évènement, La Galerie 13 Jeannette Mariani édite un livre sur le travail de Anne Brunet, retraçant son parcours artistique à travers des textes, interviews et surtout beaucoup d'images, que vous trouverez en vente dans le corner dédié à la galerie, dans La Boutique Noire, au Printemps de la Maison, au 1er étage. Des éditions de t-shirts et divers objets des artistes de la galerie, sont aussi en vente dans cet espace.


Également à La Boutique Noire,

et en avant-première de son exposition à la galerie le 18 Novembre,

les Vanités Sâdhu Pop de Yahel Chirinian, font scintiller l'espace.


SADHU POP / VANITAS VANITATUM, Ciment, miroirs, pigments, pièce unique, H=30cm et H=40cm. 2010.

SADHU POP / VANITAS VANITATUM, Ciment, miroirs, pigments, pièce unique, H=30cm et H=40cm. 2010.

EXPOSITION AU
PRINTEMPS HAUSSMANN
>>> Du 8 Novembre au 31 Décembre 2010 <<<
>>> Ouverture des vitrines Boulevard Haussmann le 10 Novembre <<<

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samedi 16 octobre 2010

ESPIRA - Regina - 7 Octobre > 6 Novembre 2010 - Paintings

- All Things Move Towards Their End -
122 cm x 153 cm. Acrylique sur toile, 2010.

- Vitiligo Regina -
61 cm x 91 cm. Acrylique sur toile, 2010.

- Manko Regina -
71 cm x 101 cm. Acrylique sur toile, 2010.

ESPIRA
L'envers du cliché.
« Une action violente et ramassée est une similitude de lyrisme :
elle appelle des images surnaturelles, un sang d’images et un jet sanglant d’images
aussi bien dans la tête du poète que dans celle du spectateur. »
Antonin Artaud
A l’instar des images inventées par le psychiatre Rorschach, les œuvres d’Espira sont de véritables tests pour celui qui les contemple. Peuplées de femmes aux corps de nymphes et d’oiseaux aux ailes de viandes, le souffle de la guerre, du sexe et de la violence y plane sans pour autant remettre en cause la beauté plastique des formes qui les composent. Voilà pourquoi ses œuvres peuvent êtres comparées – dans leurs structures – à ce que Nietzsche dit de la tragédie Grecque : elles donnent à voir, sous la forme d’un rêve apollinien, le fond tourmenté de nos pulsions dionysiaques.
Que ce soit dans son œuvre Suffragette, ou bien encore dans cette autre, encore plus corrosive, intitulée Vitiligo Regina, Espira ne se contente pas de dépeindre sous forme allégorique les contradictions qui hantent notre temps – mais il invente de véritables paradoxes visuels dans lesquels l’identité des symboles qu’il interroge semble voler en éclats. L’extension du droit de vote aux femmes se superpose à l’image d’une amazone casquée couronnée d’un toupet sanglant ; la reine Victoria, supposé modèle de droiture et de moralité, se transforme en un double visage de soldats arborant la carte des colonies britanniques sur leurs peaux.
Aux clichés politiques qui voudraient faire de notre époque celle d’une parousie des droits de l’homme et de la démocratie, Espira oppose sa vision faite de vérités cachées et de contrastes violents. Mais c’est là, sans doute, ce qui fait de ses œuvres de véritables signes de contradiction - autrement dit, des œuvres dont le sens et la portée dépassent infiniment le contenu des images qui hantent l’univers édulcorée de nos sociétés de consommation.
Frédéric-Charles Baitinger

- Wroclaw -
122 cm x 153 cm. Acrylique sur toile, 2010.

- 1939 -
71 cm x 101 cm. Acrylique sur toile, 2010.

BIO
Espira est né en 1974, il vit et travaille à Londres. Elevé dans une famille très stricte de l'Eglise Mormone, dans la campagne britannique, il a été éduqué dès son plus jeune âge à devenir un missionnaire de la foi. Mais il tourna progressivement le dos à la religion pour devenir un artiste autodidacte et s'installe à Londres au début des années 1990.

La rencontre, au sein de son travail, entre son esthétique visionnaire et son iconographie transgressive plonge le spectateur dans un monde dangereux et apocalyptique. Son travail est considéré comme une attaque à l'humour noir et sauvage de la culture contemporaine.

Travaillant sur différents médias, Espira est largement reconnu pour ses qualités exceptionnelles en tant qu'artiste digital et en tant que peintre sur de grands formats.

Chaque pièce est une composition étonnante montrant une variété d'influences assez étendues : du quotidien à la mode, en passant par les costumes d'époque, la viande crue, les images de guerre et les rituels symboliques religieux.

Le travail d'Espira a été exposé à travers le monde dans des endroits aussi variés qu’insolites, allant de galeries d'art contemporain au légendaire club fétichiste de Londres Torture Garden.

Il vit et travaille à Londres et ses oeuvres sont régulièrement publiées dans des magazines de mode, des blogs artistiques, des magazines on-line, et des livres d'illustrations.

mercredi 1 septembre 2010

PEPE LOPEZ - OXYGONE PUNK & THE GOSSIP LINES SERIE -










De la profondeur en sculpture par Frédéric-Charles Baitinger.

« L'histoire de l'art peut-être considérée comme la fabrication des passe partout destinés à forcer les mystérieuses serrures des sens, dont la nature seule détenait primordialement la clef. (…) Comme le cambrioleur de coffres-forts, l’artiste ne connaît pas les détails de la combinaison. Il procède à tâtons, par geste tactile, pour que le rouage cède. »
Ernest Gombrich

Les installations géométriques de Pepe Lopez ne sont ni des sculptures, ni des bas reliefs, ni moins encore de simples objets décoratifs. Jouant avec nos attentes perceptives comme d'autres pratiquent le mot d'esprit, ces œuvres hybrides nous invitent à plonger dans leur dédale anamorphique ; à nous laisser happer par le souffle qui les anime - nous forçant ainsi à ne plus considérer leurs formes comme des entités stables et définies, mais bien plutôt comme de purs puissances dynamiques capables d’agir directement sur notre esprit.

Ni tout à fait abstraites, ni vraiment figuratives, leurs structures semblent vouloir se perdre dans le miroitement des ombres qu'elles produisent. Entre l’œuvre et son reflet où devenons-nous faire porter notre attention ? Dans quel espace ; dans quel non-lieu haptique ? Et si, à travers ces constructions plastiques – mêlant science et poésie, Pepe Lopez ne cherchait pas seulement à fondre en une forme syncrétique le chaos et l’ordre – (le symbole et la nature) mais plus sobrement peut-être, à inventer une nouvelle approche visuelle de la profondeur en sculpture ?

A l’instar d’un Kurt Schwitters faisant de l’espace même de sa maison le lieu d’une expérience sculpturale totale, Pepe Lopez propulse ses constructions hors de leur schématisme; il les libère de l’espace structuré d’où provenaient leurs formes géométriques pour les rendre à la liberté poético-mathématique sans laquelle l’abstraction n’est qu’une forme vide – autrement dit, une forme qui n’interroge pas de l’intérieur notre rapport au visible en nous permettant de la voir autrement.

Frédéric-Charles Baitinger


jeudi 6 mai 2010

ANNE BRUNET - DIALOGUE AVEC LES ANGES - SOLO SHOW - DU 6 MAI AU 12 JUIN 2010 -


- DIALOGUE AVEC LES ANGES -
Peintures - Sculptures - Installations - Wallpapers


Extrait de l'article de Frédéric Lelièvre pour C Pour Les Hommes.
http://www.cpourleshommes.com/culture-musees-expositions/test-chronique-avis/anne-brunet-dialogue-avec-les-anges-a-la-galerie-13.html

Voilà une jeune artiste qui promet. Loin des arrogances intellectuelles, Anne Brunet ose avec une légèreté épatante s'amuser des genres pour construire un univers intemporel et très personnellement spirituel. Une dimension graphique fascinante où les angelots disputent à la mort le goût du noir. Surprenant, multiforme, et très séduisant !


À bien y regarder, Anne Brunet est un authentique auteur de conte. Pas ces niaises ritournelles où tout est rose et joyeux, mais les vrais contes, ceux qui ont traversé les siècles, souvent tailladés et censurés par le ressac des morales. Ces histoires éternelles où de petits héros pleins de candeurs croisent des ogres mangeurs d'enfants, des loups dévoreurs de mère-grand. Et la mort est toujours une invitée de marque pour ces vrais contes sans âges. C'est avec une fantaisie pleine de douceur, ainsi qu'une précision acérée, qu'Anne Brunet compose ses comptines graphiques, cruelles et élégantes, ludiques et, il faut le dire, charmantes. Follement éprise du noir – mais bien évidemment habillée d'éclatantes couleurs ! - l'artiste retravaille une vision bien particulière de la religion, de la mort, de l'au-delà. Sinistre tout cela ? Tout au contraire. Comme un jeu, elle niche dans chaque méandre de ses œuvres un soin hypnotique du détail avec une innocence enfantine, à la façon d'une fête des morts mexicaine.



D'où vient l'inspiration de cet autel surprenant où un crucifix de couleur apparaît dans la flamme vacillante d'une étoile, taillée dans le manteau de la cheminée qui la supporte ? D'où vient cette femme assise à sa coiffeuse, que l'on finit par discerner dans les déliés d'une tête de mort ? Ou cette silhouette guerrière de "Save me", grande gamine d'ombre portant fusil et nounours écarlate ? C'est toute la richesse de cette artiste qui assume avec malice sa totale liberté de style. Graphisme fort du tatouage, détail d'écailles et de volute d'estampes japonaises, romantisme gothique, tendresse ludique du manga : elle semble s'ingénier à trouver un trait d'union entre toutes ces expressions contemporaines. Et ne manque pas d'audace, à l'exemple de cette stupéfiante huile d'une tête de mort… noir sur noir. Loin d'être une bête provocation, c'est une astuce diabolique : intrigué on s'approche, pour découvrir alors dans les nuances de noir une foule de détails où tout sans cesse se recompose. Les arrêtes du nez s'avèrent être des ailes d'ange croisées, ailes qui révèlent elles-même d'autres détails…
On ne peut s'empêcher de décrypter des symboles imbriqués, leur donner une sens, pour découvrir qu'ils sont la pièce d'un autre puzzle graphique. Entre temps, la si menaçante tête de mort n'a plus rien d'intimidant ! Bien joué…



Une aisance empreinte de liberté qui permet à l'artiste de s'exprimer avec la même efficacité sur les supports les plus divers. À l'étage, les toiles côtoient des bustes blancs de chérubins habillés d'encre noire, une vraie réussite, ainsi que des poufs carrés, édités en petite série, à faire s'emballer les cinglés de l'aménagement intérieur… En sous-sol, passé le lapin vert géant - pas d'inquiétude, tout est normal… - vous découvrirez une longue table basse tout aussi réussie que les poufs, où il est conseillé de s'asseoir pour profiter des grandes fresques monochromes, peintes sur toile ou directement sur le mur. Lorsque la galerie devra décider du sort de ce mur, les débats risquent d'être douloureux… D'une élégance végétale et d'une étonnante gaieté, entre BD et graph', l'esthétique d'Anne Brunet s'accommode de toute évidence du trait le moins détaillé, faisant danser les jambes en bas résille sous les ronces, racontant un enlèvement romantique en un œil et trois jambes… Pas étonnant que les enfants apprécient cet univers !



Ultime support qu'on pourrait oublier tant il a sa place : les papiers peints, qui sont aussi signés de l'artiste ! Il ne fait aucun doute que l'inspiration étonnante et si féminine d'Anne Brunet, au-delà de son art, n'inspire tôt ou tard les dictateurs de style et du design. Espérons aussi que miss Brunet signe un jour les illustrations d'un vrai beau conte pour enfant ! Mais en attendant, ne manquez pas de la découvrir avec cette exposition, la première qui lui soit intégralement consacré. Vous pourrez ainsi vous vanter le moment venu…
Frédéric Lelièvre









- DIALOGUE AVEC LES ANGES -
Peintures - Sculptures - Installations - Wallpapers


OPEN YOUR EYES, H=36 cm. Dessin sur Plâtre, Pièce Unique, 2010, Photo : Eva Davier.


« La mort vaque à son œuvre dans la vie; elle ne va pas à l'aventure comme s'imagine le craintif (...).
Non; elle dit : je suis là; et si quelqu'un veut apprendre de moi, qu'il vienne. »
Søren Kierkegaard

A mi chemin entre paganisme et christianisme, les œuvres d’Anne Brunet ressemblent à des ex-voto ou des cadavéras. Célébrant la mort et la survie des âmes, l’art n’est plus ici au service des hommes, mais des anges : il ouvre entre le ciel et la terre un dialogue ; un monde d’images à partir duquel il devient possible d’entrer en communication avec l’au-delà. Et si la mort ne correspondait pas à la fin d’un processus vital, mais à la poursuite – sur un autre mode – de ce qui, dans la vie d’un homme est éternel ? Et si la mort, comme le voulait Socrate, ne signifiait pas la peine et le malheur, mais la libération du corps et la récompense du sage ?

Détournant l’iconographie catholique de son sérieux ordinaire, Anne Brunet nous invite à la célébration d’un culte dont la portée et la profondeur se mêle à la beauté des œuvres qui les supportent. Que ce soit dans sa série de dessins intitulée « Dieu », ou bien encore, dans son travail ornemental sur la figure des anges, un même silence religieux semble faire de ses œuvres de véritables effigies, autrement dit, des symboles vivants d’un « lointain proche », d’un « cristal de temps » capable de nous rendre présent ce qui n’est plus là. A la suite de Walter Benjamin et de ses réflexions sur l’aura, Anne Brunet ressuscite pour nous, le temps d’une exposition surérogatoire, la puissance auratique de l’art. Puisse la paix accompagner cette œuvre.
Frédéric-Charles Baitinger


LOVE ME / HATE ME, H=29 cm L=30 cm. Dessin sur Plâtre, Pièce Unique, 2010, Photo : Eva Davier.


" Dialogue Avec Les Anges est le regard d'une enfant de 28 ans, sur un monde effroyable et beau à la fois : le nôtre.
Rien n'est jamais noir ou blanc, le bien et le mal dansent ensemble dans nos têtes...
Mais dans un monde aussi brutal, peut-on encore croire aux anges, aux esprits, aux bonne âmes ? "

"... J'assume totalement d'avoir ce côté à la fois très enfantin, une espèce de naïveté onirique... et en même temps de cultiver une certaine violence... Mon style oscille toujours entre enfantin et sombre, l'un ne va pas sans l'autre. Le côté onirique se caractérise par des personnages qui semblent rêver, partir vers le haut. Soit ils sont complètement enracinés, et là, c'est foutu pour eux, soit ils planent..."

Sur son imagination débordante Anne Brunet dit : " Il y a un réel épanouissement à puiser dans l’imaginaire. Cet univers fantasmagorique me permet de prolonger un peu plus mon enfance. Dans l’imaginaire il n’y a pas de barrières, pas de limites pour explorer la nature, les rêves... c’est un monde en mutation permanente donc passionnant."

Pour son premier solo show à Paris, Anne Brunet se joue encore des barrières pour laisser libre cours à son dessin qui s'exprime cette fois-ci sur des sculptures, du mobilier, des wallpapers et des installations aussi émouvantes qu'étonnantes.


SAVE ME, 150 x 115 cm. Huile Sur Toile, 2010.

ANNE BRUNET
- DIALOGUE AVEC LES ANGES -
Peintures - Sculptures - Installations - Wallpapers


SOLO SHOW DU 6 MAI AU 12 JUIN 2010

Galerie 13 Jeannette Mariani